La République des Seychelles a apporté des modifications importantes à sa Loi sur la fiscalité des entreprises, marquant ainsi une étape majeure dans l'alignement de son cadre fiscal sur les normes internationales en matière de transparence et de lutte contre l'érosion de la base d'imposition. Ces modifications, introduites par le biais de la Loi sur la fiscalité des entreprises aux Seychelles (modification), élargir la définition de ce qui est considéré comme Revenus provenant des Seychelles et mettre en place un nouveau cadre de conformité pour les sociétés constituées aux Seychelles qui font partie de groupes multinationaux.
Ces évolutions ont des implications directes pour les entreprises assujetties à l'impôt sur les sociétés, en particulier celles qui exploitent des structures transfrontalières ou gèrent leur propriété intellectuelle par l'intermédiaire d'entités des Seychelles. Vous trouverez ci-dessous un aperçu détaillé des modifications législatives et de leurs implications concrètes pour les sociétés constituées aux Seychelles.
- Définition élargie des revenus provenant des Seychelles
L'une des modifications les plus notables apportées à la loi révisée sur la fiscalité des entreprises est la élargissement de la définition des revenus provenant des Seychelles.
Auparavant, les Seychelles fonctionnaient selon un régime fiscal territorial, en n'imposant que les revenus provenant des Seychelles ou y ayant été générés. Toutefois, en vertu du nouveau cadre, certaines catégories de revenus étrangers peuvent désormais être considérées comme provenant des Seychelles lorsqu'elles sont perçues par des entités spécifiques appelées sociétés concernées.
Ce changement témoigne des efforts déployés par les Seychelles pour se conformer aux normes fiscales internationales en constante évolution, notamment la Le projet « Érosion de la base d'imposition et transfert de bénéfices » (BEPS) de l'OCDE principes et le Exigences de l'UE en matière de bonne gouvernance fiscale.
- Présentation du concept d“” entreprise concernée »
La loi révisée introduit le terme “ société visée ”.
Une société constituée aux Seychelles sera considérée comme une société visée si elle fait partie d'un groupe multinational — défini comme un groupe comprenant deux entreprises ou plus qui sont résidentes fiscales dans des juridictions différentes.
Cette distinction est cruciale. Elle signifie que les sociétés enregistrées aux Seychelles et appartenant à des groupes multinationaux feront désormais l'objet d'un contrôle fiscal renforcé, même pour les revenus générés en dehors des Seychelles.
Pour les entreprises qui ne font pas partie d'un groupe multinational, l'approche territoriale traditionnelle reste applicable : seuls les revenus présentant un lien manifeste avec les Seychelles seront imposables.
- Quels sont les revenus considérés comme provenant des Seychelles en vertu des nouvelles règles ?
La loi modifiée définit quatre grandes catégories de revenus qui sont désormais considérés comme provenant des Seychelles lorsqu'ils sont perçus par une société visée :
- Revenus provenant d'activités, de biens ou de droits liés aux Seychelles
Tout revenu provenant d'activités commerciales exercées aux Seychelles, de biens situés aux Seychelles ou de droits exploités sur le territoire des Seychelles continuera d'être imposable en tant que revenu provenant des Seychelles. - Revenus provenant d'activités exercées en dehors des Seychelles
Les revenus provenant d'activités exercées à l'étranger peuvent néanmoins être considérés comme provenant des Seychelles à moins que cela peut clairement être attribué à un établissement stable (PE) détenu en dehors des Seychelles.
Cette disposition fait en sorte que la charge de la preuve incombe au contribuable, qui doit démontrer que ses activités à l'étranger sont exercées par l'intermédiaire d'un établissement stable effectif situé à l'étranger. - Revenus provenant des droits de propriété intellectuelle (PI) détenus aux Seychelles
Les revenus provenant de droits de propriété intellectuelle enregistrés ou détenus aux Seychelles — tels que les marques, les droits d'auteur et autres actifs incorporels — seront considérés comme provenant des Seychelles, à l'exception de revenu admissible découlant de brevets ou de droits équivalents qui répondent à des critères fonctionnels spécifiques. - Revenus passifs générés en dehors des Seychelles
Cela comprend les intérêts, les dividendes, les redevances et toute autre forme de revenus passifs perçus à l'étranger. Ces revenus seront considérés comme provenant des Seychelles, sauf si la société remplit les conditions requises pour être considérée comme une “ entreprise éligible ” dans le cadre de la Onzième annexe de la loi — qui impose à l'entité de satisfaire à certaines exigences de substance (par exemple, une présence physique, une direction locale et des activités opérationnelles aux Seychelles). - Exigences relatives aux substances et l'exemption pour les “ entreprises éligibles ”
Afin d'atténuer l'exposition fiscale globale, les Seychelles autorisent les entreprises qui remplissent les conditions prescrites conditions relatives à la substance économique pour pouvoir bénéficier de certaines exonérations.
A société éligible est une entreprise capable de démontrer qu'elle dispose d'une substance opérationnelle suffisante aux Seychelles — généralement grâce à une direction et à des employés basés sur place, ainsi qu'à des dépenses proportionnées à ses activités commerciales.
Cela reflète les tendances internationales selon lesquelles les entités à faible substance économique sont exposées à des risques fiscaux accrus. La Commission fiscale des Seychelles (SRC) a indiqué qu’elle examinerait de près le respect de ces conditions dans le cadre de sa surveillance des structures multinationales.
- Auto-évaluation et obligations en matière de conformité
Les Seychelles fonctionnent selon un système d'auto-évaluation fiscale, ce qui signifie que les entreprises sont tenues d'évaluer leur propre situation fiscale, d'identifier les revenus provenant des Seychelles et de veiller à ce que les déclarations et les paiements soient effectués dans les délais.
En vertu des nouvelles règles, les entreprises concernées doivent évaluer avec soin :
- qu'elles relèvent ou non de la définition d'un groupe multinational ;
- la nature et la localisation géographique de leurs activités génératrices de revenus ; et
- Si elles présentent suffisamment d'éléments de fond pour pouvoir bénéficier d'une mesure de redressement.
Compte tenu de l'élargissement de la base d'imposition, les entreprises pourraient devoir revoir leurs structures actuelles, examiner leurs accords intra-groupe et conserver une documentation claire à l'appui de leurs positions fiscales.
- Nouvelle enquête sur les entreprises multinationales et la déclaration pays par pays
Parallèlement à ces modifications législatives, le Commission fiscale des Seychelles (SRC) a publié un formulaire d'auto-évaluation et enquête sur Entreprises multinationales (EMN) et Déclaration pays par pays (CbCR).
Cette initiative s'inscrit dans le cadre de l'engagement des Seychelles en faveur de la transparence et de l'échange d'informations au titre du Plan d'action BEPS de l'OCDE.
Les entreprises identifiées comme entités concernées devront remplir et envoyer le formulaire avant le 28 novembre, que ce soit par l'intermédiaire de leurs administrateurs ou de leurs représentants légaux habilités. Cela marque le début d'une approche plus structurée en matière de surveillance des opérations transfrontalières et des transactions entre parties liées.
- Considérations stratégiques pour les sociétés constituées aux Seychelles
Le nouveau cadre présente à la fois des défis en matière de conformité et des opportunités stratégiques pour les entités basées aux Seychelles. Parmi les mesures clés que les entreprises devraient envisager, on peut citer :
- Évaluer le statut du groupe: Vérifiez si l'entreprise fait partie d'un groupe multinational au sens de la loi.
- Passer en revue les sources de revenus: Recensez toutes les sources de revenus et déterminez celles qui peuvent désormais être considérées comme provenant des Seychelles en vertu des règles révisées.
- Évaluer la substance: Si l'entreprise souhaite bénéficier d'exonérations, elle doit s'assurer que les critères de substance économique sont respectés et dûment documentés.
- Mettre en place des protocoles de documentation: Tenir une comptabilité détaillée des établissements stables à l'étranger, de la gestion de la propriété intellectuelle et des transactions intra-groupe.
- Faites appel à des conseillers professionnels: Demandez conseil à un juriste et à un fiscaliste afin de vous assurer du respect de la loi sur la fiscalité des entreprises, de la réglementation relative à la substance économique et des obligations déclaratives au titre de la SRC.
- Le contexte général
Ces modifications reflètent la transition des Seychelles vers une plus grande transparence fiscale et une coopération internationale renforcée. La juridiction entend préserver son attractivité en tant que destination d'investissement tout en garantissant le respect des normes fiscales internationales établies par l'UE et l'OCDE.
Pour les entreprises contribuables responsables, ces réformes ouvrent la voie à la viabilité et à la crédibilité à long terme, à condition qu'elles adaptent leurs structures et leurs pratiques de gouvernance en conséquence.
Conclusion
Les modifications apportées à la loi sur l'impôt sur les sociétés des Seychelles marquent une évolution majeure du paysage fiscal du pays. En élargissant la définition des revenus provenant des Seychelles et en introduisant la notion de « sociétés concernées », les Seychelles modernisent leur cadre réglementaire afin de s'aligner sur les meilleures pratiques internationales.
Les sociétés constituées aux Seychelles — en particulier celles qui exercent des activités transfrontalières — devraient prendre sans délai les mesures nécessaires pour déterminer leur statut, revoir leurs politiques d'attribution des revenus et s'assurer qu'elles se conforment au nouveau régime.
Une évaluation proactive et une bonne gouvernance permettront non seulement de réduire les risques liés à la conformité, mais aussi de renforcer la confiance des autorités de régulation, des partenaires et des investisseurs dans l'environnement commercial en pleine évolution des Seychelles.